Slow dancing in a burning room

Slow dancing in a burning room
Adieu. Puisse toute la douceur du monde être avec toi, que le bonheur s'accroche à ton âme et ne la quitte plus jamais. Cours vite tant que tu en as encore la force. Evite de plonger ton c½ur dans celui des beautés vénales. Tu pars. Une sensation inédite allège l'air, ton T-shirt n'est plus imbibé par mes larmes amères. Je vois déjà ton visage, tes traits s'attendrir maintenant que mon ombre ne te poursuit plus. On pourrait même croire que tu as rajeuni. Tes mains ne retiennent plus les miennes, rugueuses et moites. Tes lèvres en enserreront d'autres. Ton regard ne se posera plus sur mon visage noirci. Et ton corps exultera. Ma sueur ne le souillera plus jamais. Ton souffle se perdra ailleurs, puisque tu pars. Oui tu pars, et tu m'oublieras si vite que ce sera comme si je n'avais jamais existé. Tu rebondis malicieusement et je n'engourdirai plus ta marche. Tu pars, mais j'emprisonne encore ton odeur sous ma peau, et ton rire espiègle dans mes tympans, et je m'agenouille encore avec toi au creux de l'abdomen. Tu te déploies et vis en moi et tant pis si j'agonise en toi. Tant pis si tu pars.

# Posté le samedi 14 novembre 2009 20:08

Modifié le dimanche 15 novembre 2009 08:47

Waiting for the miracle

Waiting for the miracle
Intérieur nuit. Décor: chambre avec papier peint fleuri terni par le temps. Au centre de la pièce un vieux tourne disque et une pile de vinyles. Le parquet moisi est jonché de bouteilles vides. Musique: Berlin Lou Reed. Plan fixe. Moteur. Action.

Au loin, un piano amèrement mélancolique. Peut-être Lou Reed. Peut-être le pianiste d'en bas. Peut-être simplement mon imagination. Non, c'est bien moi qui ai mis le vieux tourne disque de mon père en marche, il y a dix secondes, ou peut-être dix minutes, ou dix heures. J'ai terriblement sommeil et mes paupières se ferment un instant. Un instant seulement car Reed m'arrache des quelques minutes de répit que mon corps arrive encore à m'accorder. Et merde je mens encore et comme toujours. Le fait est que Reed n'y est absolument pour rien. Ce qui me tient éveillé, c'est cette insoutenable conviction d'être dans un mauvais film roumain, présomptueusement proclamé nouvelle vague, avec un interminable plan fixe sur mon visage cerné, livide, vieilli, sali et ravagé. Le script est simple: des regrets roulent sur mes joues et en fond un vieux disque maudit d'un génie de cette musique ratée qu'on appelle contemporaine. La cruelle certitude d'être le héros -héros?- d'un roman de Bukowski. Mémoires d'un vieux con.

Je me sens si profondément ridicule dans mon T-Shirt blanc. Et toutes ces molécules complexes qui coulent dans mes veines ne suffisent désormais plus à me faire oublier que je suis en train de pleurer. Un regard dérobé vers la fenêtre et je ne sais désespérement plus si le soleil est en train de se lever ou au contraire de se coucher. Encore un mauvais trip. Et NON ce n'est pas moi qui ai vidé toutes ces bouteilles. Ce reniement me rassure après tout car il donne un sens tolérable à mon alcoolisme. Je fouille dans mes poches en espérant y trouver, je ne sais pas moi la preuve de l'existence de Dieu. Une petite boîte d'allumettes. Un crépitement. Des étincelles. Celle-là est notre premier regard. Celle-là notre première rencontre. Celle-là mes mensonges et celle-là ses colères. Celle-là mes souvenirs sucrés et celle-là nos souvenirs amers.Celle-là, celle qui s'embrase plus que toutes les autres, est tout ce que nous avons vécu. Et celle-là, celle que je redoute le plus, pour laquelle je sanglote corps et âme, qui m'assassine à petits coups et revient perpétuellement me hanter quand j'arrive à m'en défaire, est tout ce que nous n'avons pas vécu. Et je suis grotesque, débile, à poser mes mains sur ma gueule, afin de cacher mes yeux rouges, en sachant pertinemment que je suis seul. Et plus que mes remords, il y a une espèce de chaleur étouffante qui opprime mes poumons et m'étourdit le coeur. J'ouvre les yeux et écarte les doigts pour réaliser que mon pantalon est en flammes, et que je ne ressens absolument rien.

Puis mon T-shirt blanc s'enflamme, ultime témoin d'une idylle inachevée, indéterminée même, d'une romance floue et irréversible, d'un tableau à peine entamé que son maître a détruit, anéanti, pour pleurer sur la dépouille de ce qui aurait été à coup sûr son seul et unique chef d'oeuvre. Je tousse. Ma boîte cranienne est au bord de l'explosion. Je ferme les yeux. Une seule vision. Elle, portant mon T-shirt blanc et se déhanchant sur un air des Stones. Insupportablement belle. Et le parfum fruits des bois de ses cheveux inonde ma chambre et je m'en enivre, au bord de l'extase. Et sa voix chantant à tue-tête m'hypnotise jusqu'à l'obsession. Je suis assis, adossé au mur. Je fume. Ma tête bouge histoire de marquer le rythme. "Gimme shelter", c'était le titre de sa chanson. Je la regarde et plus rien ne compte, ni le spleen, ni l'écrit, ni hier, ni même demain. Et ce cliché, cette image même, sa manière de me regarder et mon air béat, naïf, demeure la seule et unique image que je me fais du bonheur. Ce vilain mot.

Berlin de Lou Reed, déformée, au ralenti, m'arrache de ma hantise. Reed se tait. Son piano aussi. Le noir et le néant au bout du tunnel. Non, il n'y a pas de bout de tunnel. Juste un immense tuyau circulaire à l'intérieur duquel je cours indéfiniment, pathétique, au sommet de l'idiotie. Le noir. Je suis mort. Enfin.

# Posté le mardi 25 août 2009 12:51

Modifié le jeudi 27 août 2009 19:03

Until she finally see that she's like all the rest...

Comment ne pas succomber au charme factice de l'illusionniste? L'illusionniste qui vous choisit, décide de faire de vous l'héroïne de son tour et usurpe vos sens par une de ces attrapes dont lui seul a le secret. Tu me confies une petite masse dans le creux de la main, elle est tiède et se débat toute seule, Je la retiens de toute la force de mon poing, mes ongles s'enfoncent dans ma paume et je m'allonge pendant que lentement tu déboutonnes ma chemise, et essaie à ton tour de récupérer une petite masse. Ma masse. Mais elle se débat avec tant de violence, elle est si usée que l'hésitation te gagne l'espace d'un instant. Un instant seulement car dès que tu l'effleure, elle s'immobilise, se flétrit, se liquéfie et tu la mets dans ta poche. Tu m'embrasse sur le front et disparaîs. Je t'attends. J'ouvre mon poing pour me rendre compte que la petite masse a disparu. L'ai-je jamais retenue après tout? Me l'as-tu réellement confiée? Qui sait. Ton absence nourrit mes doutes. As-tu jamais existé? Ces mots que tu murmurais, ceux que tu criais , tous ces gestes, toutes ces promesses, toutes ces chansons, ces regards, était-ce toi? Cours, mon amour, cours. Découvre les beautés intelligentes et retiens leurs souffles. Tu vois ta veste? Celle que tu ne mets plus? Tu vois la poche? Ce petit quelque chose agonisant qui s'y agite péniblement? Prends-le. Prends-le je te dis! Fais en ce que tu voudras, torture-le, piétine le, brûle-le, déteste-le. Mais je t'en prie mon amour, je t'en prie, ne l'oublie pas.
Until she finally see that she's like all the rest...

# Posté le dimanche 23 août 2009 12:05

Modifié le dimanche 23 août 2009 14:31

La survivance des muses

La survivance des muses
Les chaînes se délient lentement, au fur et à mesure pour me rattacher à toi, ton souvenir et ta casquette rouge. Ta jambe autour de mes cuisses, tu ne t'enfuiras pas chère demoiselle. Tu aimais certaines choses, mais pas trop, jamais dans l'excès, toujours dans la retenue. La retenue de ton sempiternel perfecto noir. Les mots trahissent, les mots mentent, les mots s'interprètent, comme les chansons de Janis Joplin, sur ton iPod pendant le mois sacré de la nuit aux mille mois. Et pourquoi, pourquoi, pourquoi ce n'est jamais suffisant? C'est reparti pour un tour. Des papillons gazouillent et gargouillent dans mon estomac et mon coeur bat tellement vite qu'il bondira bientôt de ma poitrine. Le flamboiement de sentiments contradictoires en effervescence dans le creux de mon ventre. Et ce bouillonnement retombe, lentement, si lentement que j'en ai le tournis. Je suis l'actrice qui ne jouera jamais le rôle de sa vie, parce que le metteur en scène n'est plus, et qu'elle ne tournera avec personne d'autre que lui. L'actrice qui connaît son texte par coeur, qui se le récite tous les soirs avant de se prélasser dans les bras de Morphée, avec cet espoir fou que ça y est, demain sera le grand jour, demain elle pourra se faufiler dans son personnages, l'habiter, le hanter, briser son intimité. Mais si ça se trouve le putain de scénario n'existe même pas, elle l'a créé et ancré dans ses pensée. Si ça se trouve, elle a perdu la raison. Si ça se trouve, il ne reviendra plus.Si ça se trouve, elle n'inspirera plus personne. Et elle remarche sur ce trottoir hostile à ses pas, elle inspire l'air imperméable à ses poumons, elle veut posséder ce qui ne lui appartient pas. Ce qui ne lui appartiendra jamais, puisqu'il n'existe plus. Puis poupée va se coucher, poupée va peut être rêver, poupée endossera sûrement un autre rôle. Mais elle ne le fera qu'avec désintérêt. Poupée portera un joli masque plus vrai que nature. Si ça se trouve, peut être que poupée l'oubliera.

# Posté le jeudi 13 août 2009 11:41

Modifié le jeudi 13 août 2009 11:53

Harmonie du soir

"Voici venir les temps où vibrant sur sa tige
Chaque fleur s'évapore ainsi qu'un encensoir;
Les sons et les parfums tournent dans l'air du soir;
Valse mélancolique et langoureux vertige!

Chaque fleur s'évapore ainsi qu'un encensoir;
Le violon frémit comme un coeur qu'on afflige;
Valse mélancolique et langoureux vertige!
Le ciel est triste et beau comme un grand reposoir.


Le violon frémit comme un coeur qu'on afflige,
Un coeur tendre, qui hait le néant vaste et noir!
Le ciel est triste et beau comme un grand reposoir;
Le soleil s'est noyé dans son sang qui se fige.


Un coeur tendre, qui hait le néant vaste et noir,
Du passé lumineux recueille tout vestige!
Le soleil s'est noyé dans son sang qui se fige...
Ton souvenir en moi luit comme un ostensoir!"

Les Fleurs du mal - Spleen et Idéal - Charles Baudelaire


A jamais à toi, à jamais à moi, à jamais à nous.
Harmonie du soir

# Posté le mardi 11 août 2009 09:59